Il est possible d'observer
la survenue de lésions dans des groupes exposés à
de faibles concentrations de fibres d’amiante dans l’air
inhalé (expositions environnementales dans des locaux contenant
de l’amiante et expositions urbaines).
Deux types d’études ont été proposés
pour tenter de répondre au questionnement sur le risque environnemental,
les unes fondées sur l’épidémiologie des
mésothéliomes chez la femme, les autres sur des comparaisons
entre des groupes exposés et non exposés.
Les professions exposant au risque amiante étant principalement
masculines, il était tentant d’analyser l’évolution
du mésothéliome chez la femme en imputant ces tumeurs
à une contamination environnementale.
Le poids du mésothéliome professionnel est tel que malgré
la faible exposition des femmes à ce risque, il introduit un
facteur de confusion qui n’autorise pas une interprétation
globale de l’incidence du mésothéliome chez la
femme.
Sur ce point, la conclusion du rapport de l’Inserm est que : « L’analyse de l’évolution
de l’incidence du mésothéliome chez les femmes
des pays industrialisés ne permet en aucune façon de
distinguer une éventuelle composante environnementale passive
intra-murale et urbaine.
Il apparaît, comme pour les hommes, que la composante professionnelle
et para-professionnelle représente un tel poids qu’un
éventuel surcroît de cas imputables aux expositions passives
intra-murales et urbaines est totalement indiscernable dans l’évolution
de l’incidence du mésothéliome. Ceci ne signifie
aucunement qu’un tel surcroît n’existe pas ».
La seconde méthode consiste à comparer des groupes de
personnes exposées et non exposées à des risques
de contamination environnementale, par exemple le travail dans des
locaux contenant de l’amiante pour leur isolation ou leur protection
contre l’incendie.
Le nombre très limité d’études utilisant
une méthodologie acceptable (présence d’un groupe
témoin, élimination par une étude approfondie
des risques de contamination de type professionnel liés à
une intervention directe sur l’amiante) ne permet pas actuellement
d’utiliser les données disponibles dans la littérature
pour affirmer l’absence de risque ou son existence.
Le rapport de l’Inserm analyse ces données et conclut
que : « On doit considérer qu’on
ne dispose à l’heure actuelle d’aucune donnée
épidémiologique directe solide permettant de porter
un jugement sur les effets sur la santé associés aux
expositions environnementales passives intra-murales et urbaines ».
Une situation très particulière a été
utilisée pour tenter d’évaluer une forme de risque
environnemental, celui des populations vivant à proximité
d’une exploitation industrielle de l’amiante (carrières
ou industries utilisant l’amiante, par exemple, pour la production
de fibro-ciments).
L’étude qui semble la mieux documentée est celle
de la population féminine des deux principales villes minières
du Canada où l’amiante est extrait : Asbestos et Thetford.
La reconstitution du niveau de sur-risque auquel les populations de
ces agglomérations ont été exposées (concentration
moyenne et durée) indique des valeurs plus élevées
pour Thetford que pour Asbestos, du fait principalement du développement
de mesures de protection de l’environnement sur ce dernier site
qui ont divisé par un facteur supérieur à 10
le taux de fibres dès le début de la décennie
cinquante.
Les valeurs retenues sont 40 000 f/l x années pour Asbestos
et 87 000 pour Thetford, auxquelles il conviendrait d’ajouter
des expositions para-professionnelles et domestiques qui se cumulent
avec l’exposition environnementale.
Les résultats actuellement disponibles (c’est une étude
qui n’est pas totalement achevée) indiquent une absence
d’accroissement du risque pour les cancers du poumon (mais les
femmes de ces régions seraient légèrement moins
fumeuses que celles du reste du Québec) et un sur-risque pour
le mésothéliome.
Les six mésothéliomes observés l’ont été
à Thetford où la roche exploitée contient de
la trémolite, aucun cas n’ayant été observé
à Asbestos où la chrysotile n’est pas contaminée
par des amphiboles.