Faute de disposer d’évaluations
fondées sur des études de groupes humains exposés
au risque envisagé, les seules ressources consistent à
formuler des hypothèses, puis à se déterminer
en fonction du crédit que l’on accorde à ces hypothèses.
Si l’on exclut la possibilité d’établir
à court terme une évaluation épidémiologique
de ce risque, deux attitudes sont possibles.
La première consiste à indiquer que l’on ne sait
pas et qu’il est impossible de se déterminer en l’absence
de connaissances.
La seconde tentera d’évaluer le risque à partir
des données disponibles dans des conditions différentes
en faisant l’hypothèse que les extrapolations du risque
aux faibles doses sont plus probables que l’acceptation d’un
seuil au dessous duquel aucun accroissement du risque ne serait observé.
La problématique devient alors la suivante (rapport Inserm)
: «S’il n’est pas possible
d’estimer de façon directe et certaine les risques de
cancer du poumon et de mésothéliome correspondant aux
expositions à l’amiante inférieures ou égales
à 1 f/ml (1 000 f/l), il n’en reste pas moins nécessaire
de limiter ces expositions à des niveaux tels que les risques
correspondants soient considérés comme « tolérables
».
De ce point de vue, différentes approches sont envisageables
qui correspondent chacune à des estimations indirectes et incertaines
des risques existant aux expositions inférieures ou égales
à 1 f/ml.»
Ces approches sont les suivantes :
- postuler qu’il existe un seuil d’innocuité et
le fixer au niveau des valeurs les plus basses qui ont provoqué
un accroissement mesurable du risque (1 000 f/l).
Cette approche semble très imprudente aux auteurs du rapport
de l’Inserm.
- diviser successivement deux fois par 10 la plus petite intensité
d’exposition ayant permis de mettre en évidence un risque
de cancer statistiquement significatif (seuil au plus égal
à 10 f/l).
Une telle procédure est fréquemment utilisée
en toxicologie.
- considérer la moindre exposition comme intolérable
et bannir toute utilisation de l’amiante (c’est finalement
le choix qui a été fait en France en 1996, mais il ne
résout pas le problème de l’amiante existant),
- accepter l’extrapolation pour les faibles niveaux d’exposition
comme « l’estimation incertaine la plus plausible dans
l’état actuel des connaissances ».
C’est cette technique qui a été retenue par le
groupe d’expertise collective de l’Inserm.
Pour une exposition de 10 000 hommes à 100 fibres par litre
pendant 40 ans à partir de l’âge de 20 ans, le
nombre supplémentaire estimé de décès
par cancer du poumon est proche de 20, celui des mésothéliomes
de 10.