- alors que les mésothéliomes
pleuraux étaient des tumeurs rares dans la première
moitié de ce siècle, (1 à 2 cas annuels par million
d’habitants), leur incidence subit une croissance régulière
de 5 à 10% par an dans tous les pays industrialisés.
Elle est parallèle au développement de la consommation
d’amiante dans ces pays avec un décalage d’environ
35 années correspondant au temps moyen qui s’écoule
entre le début de l’exposition et la révélation
de la tumeur.
Initialement observées principalement dans les métiers
de l’extraction et du conditionnement de l’amiante ou
comportant une exposition pratiquement permanente comme dans certains
postes de la construction navale ou des métiers de calorifugeurs,
ces tumeurs sont ensuite apparues dans une population beaucoup plus
large, à mesure que l’emploi de l’amiante s’étendait
à de multiples secteurs, avec des expositions habituellement
plus faibles et intermittentes (métiers du bâtiment,
électriciens, carrossiers, chauffagistes, laborantins, garagistes,
bijoutiers, prothésistes dentaires etc.).
- les cancers broncho-pulmonaires sont plus fréquents chez
les travailleurs de l’amiante.
Ce lien est plus difficile à affirmer que pour les tumeurs
primitives de la plèvre car les cancers broncho-pulmonaires
peuvent être provoqués par de nombreuses substances cancérogènes
inhalées, en particulier celles de la fumée du tabac.
Il est cependant possible de calculer une fraction attribuable à
l’amiante en comparant l’incidence de ces cancers chez
des individus exposés à l’amiante ou non exposés,
suivant qu’ils sont fumeurs ou non fumeurs.
Les estimations varient suivant les études, mais elles confirment
toutes l’existence d’un surrisque de développer
ces types de cancers si l’on a subi une exposition professionnelle
à l’amiante.
- les cancers de la plèvre ou broncho-pulmonaires observés
dans des régions où affleurent des couches géologiques
contenant de l’amiante.
Indépendamment de toute exploitation industrielle, la présence
en surface de roches contenant de l’amiante est responsable
d’une inhalation de fibres par la population qui habite la zone
concernée.
Un accroissement de l’incidence des mésothéliomes
a été documenté dans plusieurs zones géographiques
ayant ces caractéristiques.
Le risque est fréquemment accru par un usage traditionnel de
la roche concernée pour enduire les murs des habitations.
Les principales publications concernent la Turquie, la Grèce,
Chypre, la Corse et la Nouvelle Calédonie.
L’incidence peut être très élevée,
les mésothéliomes représenteraient 50% des causes
de décès dans le village turc de Karain (800 cas par
100.000 habitants et par an).
A Metsovo en Grèce, l’incidence est évaluée
à 28/100000/an, à 10/100000/an dans une zone du nord-est
de la Corse.
Il est difficile de quantifier l’exposition dans un tel contexte,
car les variations topographiques et temporelles peuvent être
très importantes.
Frotter un mur enduit de chrysotile peut élever à plus
de mille fibres par litre le niveau de contamination de l’air,
le passage d’un véhicule sur un chemin non revêtu
provoquera également un pic de concentration élevée
en fibres.
Ces faits peuvent être utilisés pour prouver la réalité
d’un risque extra-professionnel « naturel », ils
ne peuvent contribuer sérieusement à la détermination
des risques liés à de faibles niveaux de contamination
de l’air par des fibres d’amiante.
Les études de la relation dose cumulée-effet dans le
domaine des cancers attribuables à l’amiante :
Près de cinquante études ont fondé l’évaluation
de l’accroissement du risque de cancer du poumon chez les travailleurs
exposés à l’amiante.
Un nombre plus réduit de cohortes professionnelles (une quinzaine)
permet de quantifier le risque en fonction de la concentration en
fibres d’amiante (allant de 2 000 à 250 000 f/l) et de
la durée d’exposition.
Le risque apparaît linéaire dans ces conditions d’exposition.
En moyenne, le risque relatif s’accroît d’environ
1% par année pour 1 000 f/l dans l’air respiré
(40 heures par semaine et 48 semaines par an).
L’exposition se calcule en f/l x années. Il faut reconnaître
que cette moyenne est le résultat d’une synthèse
entre des études dont les résultats sont parfois très
divergents (dans des proportions dépassant le rapport 100),
mais il est difficile d’apprécier les niveaux d’exposition
et il est acceptable d’éliminer les résultats
les plus divergents des constats effectués dans la majorité
des études.
Les différents types de traitements industriels de l’amiante
jouent manifestement un rôle dans ces variations du risque,
les travailleurs de l’amiante textile semblent avoir été
les plus exposés, puis ceux de l’amiante ciment ou des
produits isolants, enfin les ouvriers travaillant dans les mines ou
produisant des produits de friction.
Dans un objectif de santé publique visant la protection des
travailleurs, les incertitudes de ces évaluations n’ont
pas une grande importance.
Qu’un travailleur qui a été exposé pendant
sa vie professionnelle à plusieurs milliers de fibres par litre
d’air ait 50%, 100% ou 200% d’augmentation du risque de
développer un cancer du poumon ne change pas les conclusions
qui ont été tirées de l’observation de
la situation.
L’amiante est un produit cancérogène qui a exposé
les travailleurs qui le manipulaient à des risques très
élevés.
Du fait de la plus grande rareté du mésothéliome,
les études permettant d’évaluer une relation entre
concentrations inhalées, durée d’exposition et
risque de développer une tumeur, sont plus difficiles à
conduire.
20 ans est une durée minimale pour la surveillance d’un
groupe exposé au risque.
Le risque de mésothéliome étant faible dans la
population non exposée, à la différence de ce
qui est observé pour le cancer du poumon dont la grande majorité
des cas est attribuable au tabagisme, la relation entre l’amiante
et le risque de tumeur n’est pas exprimée comme une variation
du risque relatif mais comme une estimation absolue de l’excès
de taux de mortalité.
Si l’on se restreint aux cohortes dans lesquelles ont été
observés au moins dix cas de mésothéliomes, l’évaluation
produite dans le rapport de l’Inserm de cet excès de
taux de mortalité est égale à :
(Km)
x (f) x {(t - t0)b - (t - t0-d)b
t est le nombre d’années écoulées depuis
le début de l’exposition,
d la durée de l’exposition,
f le niveau d’exposition au risque exprimé en fibres
par millilitre,
t0 est la durée depuis la fin de l’exposition.
Pour ajuster ce modèle aux cohortes étudiées
l’exposant b est égal à 3, et le coefficient Km
est de 1 x 10-8 pour l’exposition à la chrysotile, 1,5
pour une exposition mixte chrysotile + amosite et 3 pour l’amosite
seule.